26. Lisbonne Hendaye (Hondarribia)

Ce dimanche 25 février à 19h45 (nous devions arriver à La Rochelle) nous entrons dans le port de Fontarrabia, sur la frontière France/Espagne.    ;-((
Retour donc sur une semaine riche de belles navigations, de belles escales et de météo capricieuse… un grand classique dans le retour de Raphaël !

Le dimanche précédent nous avons ouvert la saison 2 avec le ferme espoir d’arriver à La Rochelle avant le jeudi…. Mais Eole et Poséidon sont en conflit et doivent se chamailler « grave » sur les pentes de l’olympe… Je pense même qu’ils doivent se foutre de belles peignées… Résultat : en bas, on trinque ! On tangue ! on cogne !

Revenons sur le déroulement de cette première étape. Nous descendons une dernière fois le Tage au lever du soleil avec un fort courant et plus de 13 noeuds, c’est magnifique. La météo du Portugal est en avance de deux mois. Il fait doux, presque chaud. La végétation est sortie de l’hiver pour montrer les premières feuilles… C’est le pied.

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La baie de Cascais passe vite et le cap de Raso se montre plus clément qu’il y a 15 jours. Une heure plus tard, au Cabo da Roca, le vent se lève et la mer se forme. Il n’y a pas beaucoup de houle…. entre deux et trois mètres. Mais le vent de face à 20 nœuds génère un clapot désagréable. Le bateau roule et tangue en permanence. On avance. On fait 10 nœuds de moyenne. C’est l’essentiel. Chaque mille nous rapproche… Mais quel inconfort…

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Personne ne parle. Personne ne mange. Personne ne se repose. Il faut se tenir, anticiper la vague, respirer et atteindre 3 secondes pour la suivante. Ce n’est pas insurmontable… mais c’est épuisant. Au soleil couchant, je décide d’arrêter le carnage sournois et je met le cap sur Leixoes au nord de Porto. Il sera bien temps de s’y reposer et d’y faire le point. Vers 22 heures, la mer se calme un peu et je propose à Fred et Yann de poursuivre jusqu’au lever du jour où nous devrions atteindre Vigo. Tout ce qui est fait n’est plus à faire…

La nuit est très « technique ». Malgré les explications et les avertissements de Pierre, nous serons très surpris de traverser des nuées de bateaux de pêche… en face de chaque port de la côte, les sardiniers sortent en bande de 15 à 20 bateaux et naviguent de manière désordonnée en prenant bien soin de faire route sur l’intrus (nous) qui venons traverser leur zone de travail. La mer est à tous… sauf pour les pêcheurs… la mer est à eux.

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Nous restons deux à la passerelle, souvent trois. Un oeil sur le radar, un sur l’AIS… Tous les autres yeux disponibles écarquillés dehors pour comprendre et les deux mains pour modifier le cap en permanence… Côté terre, vu de vos ordinateurs et de VesselFinder, vous deviez vous demander à quoi consistait ce jeu de quille marin où nous jouions la boule !! Au petit matin, nous sommes rincés. 24 heures à se tenir sans manger et sans dormir avec le stress des collisions… L’équipage est OUT. La météo du cap Finistère qui nous tend les bras n’est pas mauvaise mais la remontée sur la Corogne reste problématique. Ma décision n’attend pas : Cap sur Bainoa.

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Le ponton est accueillant. A 10 heures, bateau amarré et papiers en règle, tout le monde va se coucher. Je suis inquiet. L’électronique de navigation redevient capricieuse et nous perdons de plus en plus régulièrement la position et l’AIS… Je n’ai pas du tout envie d’affronter la Côte de la Mort (cap Finistère) dans ces conditions…. J’ai déjà tout contrôlé 100 fois… je vais devoir recommencer… Au réveil, la météo change à nouveau. Le cap est fermé. Nous resterons à Bainoa. La ville est sympa, la citadelle transformée en Parador est magnifique. Nous sommes en version « touriste ». Les jours passent mais rien n’est perdu pour La Rochelle. J’imagine une arrivée jeudi ou vendredi… Mais le lendemain matin, la météo s’est encore dégradée. Nous serons bloqué jusqu’à mercredi. Là… je commence à perdre mon sourire.

Yann propose de visiter la réplique de la Pinta, la caravelle du lieutenant de Christophe Colomb, Alonso PINZON. Sur la route retour de l’Amérique, Pinzon sera le premier à aborder en Europe à Bainoa, au grand dam de Colomb, pour apporter la nouvelle qui va bouleverser l’organisation du monde. C’est le héros local et tous les bars, hôtels, restaus rues et places sont aux noms du bateau et de son équipage. Après la visite… tout devient relatif. Comment se plaindre se balader autour de l’Espagne dans un bateau chauffé avec douche chaude, frigo et tout le confort quand on pense à ces marins du 15ème siecle qui partaient à l’aventure dans de telles conditions… Nous sommes des chochottes et des mauviettes… Mais nous plaçons notre vie à un niveau supérieur et le niveau de risque acceptable n’est pas le même !!!!!!!!!

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Dans la matinée, après avoir à nouveau contrôlé l’électronique, je suis désespéré. Plus rien ne fonctionne. Nous sommes dans la M…. Yann me force la main pour vérifier l’antenne dans le mat. Nous trouvons la connectique en piteux état. Encore un montage à la turque, je suis vert de rage. Avec Yann nous reprenons les connexions une à une et miracle… Tout repasse sur ON. Le sourire revient, on part demain.

Deux options ce mercredi. Petite étape vers Muros et attente pour passer le cap Finistère dans de bonnes conditions ou Grosse étape direction La Corogne… Départ à 8h00, la météo est parfaite, la fameuse « Costa da Muerte » et ses centaines d’épaves se passe comme à la parade et nous saluons le cap Finistère d’un apéritif mérité ! Cap sur La Corogne donc…

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L’après-midi sera plus musclée.

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De nouveau vent et mer de face… Le bateau souffre à chaque vague et je souffre avec lui. J’en suis tellement affecté que j’ai du mal à profiter de l’instant… NOUS AVONS PASSE le CAP FINISTÈRE !!! cette porte de l’atlantique que tous redoutent… Une vraie après-midi de merde (je pèse mes mots).

Le phare d’Hercule nous accueille de loin dans la baie de la Corogne. le vent et la mer sont calmés, l’arrivée est majestueuse… La tour de contrôle des ports est gigantesque. Je vais me délester de 3000 euros au ponton carburant pendant que Yann et Fred vont faire le plein de liquide alcoolisé à 12° (provenance Espagne)  et 40° (provenance Ecosse).
Je file me coucher, crevé. Demain, départ à l’aube pour Gijon… La maison est en vue… enfin presque. Nous arriverons dimanche.

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Vendredi matin. Nous partons au lever du soleil… J’ai peu d’espoir mais on le tente quand même. Hier soir au téléphone, j’ai fait celui qui n’entendait pas les conseils du plus joli routeur météorologiste que je connaisse… Ma femme. Depuis deux mois qu’elle étudie les fichiers et analyse notre progression, elle a vu bien que le cap Ortegal était infranchissable…. Elle me conseille sans insister… Elle sait mieux que tous que je suis un peu à cran… Pierre de son côté m’a aussi conseillé de partir le lendemain… Mais je veux tenter l’affaire…. Forcer le passage…
Jouer au plus costaud avec la mer n’est pas un jeu où l’on gagne souvent. Après deux heures de navigation, alors que nous sommes toujours dans une zone « abritée » selon les fichiers Grib, le bateau tangue, cogne et roule comme aux plus mauvais jours.
Demi-tour. Allons visiter la Corogne ! D’ailleurs, le bateau fait trop d’eau et je veux changer une pompe de cale… Pour cette fois encore, c’est mort pour La Rochelle. La côte de Bœuf d’Arnaud restera au congélateur encore un peu. Delphine me console (là, j’ai vraiment la haine) en me rappelant le chemin parcouru…

De l’électronique avec yann je passe à l’électricité et à la plomberie avec Fred cette fois… Mais le bateau progresse encore et s’améliore chaque jour ! Soirée sympa dans un bar à tapas de La Corogne. Ville magnifique… c’est top. J’aimerai y revenir un jour avec ma chérie… Mais je ne sais pas si ce sera par la mer…

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Samedi 24 février. Nouveau départ mais de nuit à 3 heures du matin. Mes équipiers modèle sont rodés comme un équipage de pro qui monte à l’abordage. Reveil 2h. Café céréales. 2h30 : groupe/moteur/ elec. 2h45 amarres en double. 2h55 On largue !
Fred à la VHF me fait du pilotage à commande vocale et au projecteur de pont car dans mon cockpit de nuit je devine les obstacles plus que je ne les vois….

A 6h30 le cap Ortegal est enfin dépassé. Il n’y a plus de difficulté majeure entre nous et la maison… Je commence à respirer. La route est longue pour Gijon… je fais mille calculs de route pour tenter un La Rochelle direct mais la météo à l’arrivée sera mauvaise et je reste le cap sur Gijon… L’après midi est à nouveau catastrophique. Vent de 20 à 25 noeuds dans une mer de face et de tribord qui transforme Raphael en tambour de machine à laver…. J’en ai marre… mais marre…. mais marre….

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Mais on approche… chaque mille nous rapproche… Je m’oblige à ne pas fixer le compteur de milles… parfois je le regarde quad même…. 56.7 nautiques restant…. puis 56.3 nautiques… toujours dans le même mille… c’est désespérant…. et l’essuie glace central nous lâche dans un claquement sec. J’en ai encore un petit peu plus beaucoup marre….
La mer restera dure jusqu’à l’entrée du port (moche avec une digue genre prison américaine).
Amarré à 20 heures (brillante manœuvre les gars !), j’annonce un départ pour Bilbao à minuit ou 2 heures. L’enthousiasme dans les yeux de l’équipage est aussi palpable qu’en essayant d’attraper la brume du matin… Je ne peux même pas étouffer ce début de mutinerie avec une bière en ville… Nous sommes prisonnier du ponton fermé à cette heure tardive et sans code d’accès… J’abandonne minuit et nous convenons d’un départ 3 heures…pour une arrivée à Bilbao dans l’après midi et un bus direct Bordeaux à 20h30 ou 4 h du mat…

Je tente de joindre au téléphone le port de Bilbao (Getxo) pour la 15ème fois sans succès…

Dimanche 25 février, 2 heures du mat. Banane, café, céréales, groupe, pare-battages, amarres.  Encore un départ de pro en un temps record. Pas de vent, la mer est plate. ENFIN ! le bateau file 10 à 11 nœuds… Un jour bénit des dieux. Eole et Poséidon sont réconciliés ou cuvent leur soirée d’hier… pourvu qu’ils fassent comme Andrea et qu’ils ne se réveillent que vers 14 ou 15 heures….
Toujours est’il que la journée s’annonce magnifique. Au lever du soleil genre carte postale, nous longeons les monts cantabriques enneigés qui plongent dans la mer… les dauphins (comme tous les jours depuis Gibraltar) sont au rendez vous… Les sternes aussi. C’est beau, très beau… c’est calme, c’est le pied… Pour la première fois en mer je m’endors plus de deux heures… tout arrive !

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A midi, Bilbao ne répond toujours pas. A 14 heures pas plus…. Je recommence mes calculs et j’appelle le port d’Hendaye qui me jette proprement. Pas de place pour un si grand bateau. Circulez !
Je tente Hondarribia, le port tout neuf d’en face, côté Espagne à Fontarrabia. Le charmant monsieur va voir au ponton et 10 mn après m’explique dans un mélange d’espagnol british que c’est ok pour le ponton « Golf »… Je ne vois pas de nom de ponton sur le plan mais je dis OK. Je corrige le cap et je passe à plus de 12 noeuds pour arriver avant la nuit. Le papa de Fred va venir nous chercher pour rentrer à Bordeaux, mon papa à moi va me ramener dans ma maison et Yann va aller chez sa sœur à lui ! Elle est pas belle la vie ?

 

Nous arrivons à la nuit tombée. Superbe ponton dans un super port. Toilette du bateau, toilette de l’équipage… Guy est là avec la voiture. A 23h30 papa prend la suite pour déposer Yann à Latresne et à minuit et demi je suis couché après avoir embrassé ma maman qui n’est pas inquiète du tout et qui ne le montre pas du tout… bien entendu ! (MDR !). Ne t’inquiète plus maman, il reste 18 heures de navigation le long de la côte landaise ! Depuis Gènes, nous venons d’en faire plus de 200…. C’est la fin de la saison 2…

A suivre…

4 réflexions sur “26. Lisbonne Hendaye (Hondarribia)

  1. Magnifique la cote Cantabrique en hiver, certainement la plus belle du tour !
    Le Pico de Europa enneigé avec les dauphins au premier plan et une météo clémente, j’ai bien cru rêver un instant…
    Une belle récompense après tant de milles parcourus en mode machine à laver.

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