24. Saison 2, attente à Lisbonne.

Bon, retour à la case départ.

Jeudi Franck, Olivier et Didier sont à bord mais nous sommes bloqués à Lisbonne. Impossible de faire le plein ailleurs qu’à Cascais, mais le port est inaccessible. Si c’est assez venté dans notre marina, c’est la tempête sur la côte. 45 nœuds dans la marina, l’hôtesse me confirme au téléphone que le ponton carburant est inabordable avec ce temps… Patience donc… Nous partirons demain.

Vendredi 2 février. Nous sommes fin prêt dès 7 heures, les moteurs chauffent… mais les portes du port restent fermées. Après une heure d’attente, nous pouvons enfin rejoindre le Tage et descendre vers Cascais avec le courant… Entre 11 et 13 nœuds, nous arrivons à peine en retard pour commencer le plein des 1800 litres avec une pompe asthmatique ! à 11h15 précise… Nous quittons Cascais, l’aventure commence enfin. La Rochelle nous attend à 70 heures devant….

La météo est parfaite dans l’embouchure du Tage. Il reste un peu de vent, on devine la houle du large et le soleil brille sur un océan d’un bleu de magazine de voyages… Au loin pourtant, on devine des vagues qui déferlent…

Nous approchons du cap Raso, nous allons bientôt virer cap au nord vers Porto et LA Corogne… La mer s’est formée mais c’est très navigable… Les fichiers météo annonce encore quatre heures un peu difficiles avant de retrouver de bonnes conditions…

12h15. Nous sommes presque au cap Raso. La mer s’est levée d’un coup. Le vent a forcé et souffle à plus du double des informations des fichiers… Il y a bien plus de 4 m de creux et les vagues sont courtes. Le bateau ne tape pas trop mais les vagues commencent à passer sur le pont… J’ai les neurones en ébullition genre réacteur nucléaire… Comment aller jusqu’à Porto dans ces conditions? Il n’y a aucun port d’abri sur la route… Nous n’avons pas encore passé le cap et c’est déjà l’apocalypse! qu’allons nous trouver au large? Il nous faut 15 heures de calme et la nouvelle dépression pointe déjà son nez… Nous plantons le bateau dans une vague. La vitesse passe de 10 à 7 nœuds. La seconde vague vient s’écraser sur les vitres… L’avant du bateau tente de remonter sur la troisième vague qui passe par dessus le fly bridge et transforme Raphaël en sous-marin. Devant, tout est chaotique. Les vagues sont impressionnantes (et pourtant j’en ai vu quelques unes !) et toutes les crêtes déferlent…. Grand moment de solitude. Je regarde Franck…. qui me regarde…. Quand j’annonce : « On va faire demi-tour », la réponse arrive vite : « je crois que c’est mieux! »
Didier qui téléphonait à l’arrière arrive en disant que c’est très impressionnant… Olivier qui essaye de dormir manque de tomber du canapé ! Il est grand temps de rentrer.
Je ne suis pas fier à l’idée de me retrouver travers  à la vague dans ce genre de situation… mais c’est mieux que de continuer et de casser le bateau avec des risques pour son équipage…. Je fais 30 degrés sur babord en réduisant la vitesse, le bateau se comporte bien… encore 30 degrés et nous sommes travers entre deux vagues moins impressionnantes… je remets des gaz en faisant pivoter rapidement le bateau de plus de 100 degrés et nous nous retrouvons face à Lisbonne avec la mer et le vent dans le dos. Ouf ! Encore une bonne séance d’apnée mais tout va bien. Le bateau surfe les vagues comme un semi rigide… Il se comporte parfaitement et c’est finalement assez sympa !

Essai raté donc, faux départ, retour à Cascais où la marina nous accueille pour la soirée ou la nuit. Nous allons prendre le temps d’éplucher à nouveau les fichiers météo et j’imagine un départ à 18 heures pour La Corogne ou Gijon… Ou le lendemain matin pour au moins rejoindre Porto.

On dit que la météo est une science… On parle d’ingénieurs ou de météorologues… Je pense plutôt à une bande de potes qui rigolent bien en s’inspirant des prévisions de l’horoscope ! Je suis perplexe devant l’évolution du temps annoncé. Je reçois des fichiers à 16 jours et des fichiers plus précis à 96 heures. Rien n’est stable… toutes les 6 heures, le scénario change. Impossible de partir le soir. Le coup de vent prend son temps pour partir vers le sud… Par contre le suivant semble accélérer et nous ferme la porte du cap Finistère… de Vigo et même de Porto. Je tenterai bien le coup mais il n’y a aucune alternative avant le port de Leixoes près de Porto… C’est tout ou rien… et il y a 15 heures de navigation tout de même le long d’une côte que l’on peu qualifier d’hostile…

Capture

A 20h30 je téléphone à Delphine, dépité, désolé, déçu, dégoûté et déprimé : « On rentre à Lisbonne ». Le bateau ne sera pas à La Rochelle dimanche…. J’ai les boules mais mon équipage se console devant un ti-punch… Tout va bien !

Samedi 3 février. Nous quittons Cascais à petite vitesse, nous remontons encore une fois le Tage, porté par le fort courant de marée. Retour à Parque das Naçoes où nous retrouvons notre place. L’accueil est chaleureux. Ils manquent de bateaux et sont très contents de voir leur marina se remplir ! Je reprends les billets d’avion retour la mort dans l’âme mais ce n’est que partie remise… Un coup pour rien. Il va falloir changer de stratégie et partir au tout dernier moment… Je suis en contact avec Fred et Thierry. Mi- février, si la météo est convenable, ils sont dispos pour finir avec moi… Il reste à croiser les doigts !

A suivre….

3 réflexions sur “24. Saison 2, attente à Lisbonne.

  1. malheureusement, tu n’es pas le 1er a qui arrive pareille mésaventure, je fais cette remontée depuis 7 ou 8 ans et j’ai du mois aussi et à plusieurs reprises, faire demi tour dès l’ouvert du cap Raso, c’est un effet venturi: le vent descend en rafales du cap de Roca et génère une mer forte et hachée. Dans ton cas, tu es en hiver et tout est multiplié. Ce phénomène météo ne se fait sentir que sur 15 à 25 milles.Mais tu as eu raison de prendre cette décision. Devant la mer, une seule attitude à adopter, rester humble! le fond des océans est rempli de bateaux dont les skipper se sont cru les plus forts. et surtout courage, penses aussi au proverbe météo du goéland……..

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    1. Merci Pierre !
      oui, la décision était sage… même sur 25 miles, on pouvait casser le bateau ou avoir une avarie majeure…
      Je me doutait que cela irait mieux après le cabo da Roca… mais la fenêtre pour Porto était trop juste…
      Ce n’est que partie remise !

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  2. holà Dan Mouai… Sage décision.
    Mais Bravo Capitaine, les manœuvres de port sont parfois très compliquées, mais encore plus difficiles de faire une manœuvre à la mer par gros temps, les demi-tours par vent et mer de travers peuvent être très fastidieuse et dangereuse. (Le maque de quille te rappel à l’ordre)
    Tu as pu le constater, n’est ce pas !
    Il est bien judicieux de calculer les cycles des vagues et de virer au bon moment, à la lecture de ton article, (très intéressant) je vois que tu as super bien négocié ces maudites vagues (cela ma rappelé certains convoyages dans des conditions quasi similaires, Beurk…)
    Raphaël est bien au chaud dans ce petit port non loin de la maison, mais certainement mieux qu’a Gènes aujourd’hui.
    La mer, est compliquée du vent, c’est un composé de forces. Un navire est un composé de machines. Les forces sont des machines infinies, les machines des forces limitées.
    Et c’est entre ces deux organismes, l’un inépuisable, l’autre intelligent, que s’engage ce combat qu’on appelle la navigation.
    Mes respect mon capitaine.
    JMI

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