19. Escale à Gibraltar

A quelques jours d’écrire la saison 2 du « Retour de Raphaël » et de voir enfin notre bateau à sa place dans le bassin de La Rochelle, petit « ComeBack » sur cette escale mythique : GIBRALTAR ! Le rocher de Gibraltar pour être exact… Ce petit bout d’Angleterre qui veut rester dans l’Europe contre l’avis de Theresa (pas la Mère, la MAY !).

gibraltar

Comme les grands caps (Cap Horn, Cap Lizard, Cap Juby, Cap Creus et tant d’autres…) ou les grands ports d’escale qui font rêver (Camaret, Valparaiso, Kinsale, Plymouth, La Rochelle…la liste est interminable…) mais dans une moindre mesure, Gibraltar compte quand même dans la vie d’un marin.
Côté mer, c’est un détroit, une frontière, une barrière nette entre deux masses d’eau qui ont peine à se marier… C’est aussi la limite sévèrement gardée entre deux continents et enfin un petit système météo qui joue souvent des tours aux navigateurs. Sous la surface, plusieurs courants s’affrontent et personne à ce jour n’a pu en établir une carte précise en fonction des marées. Le vent, la température de l’eau  et sa salinité ont une telle influence que comme tous, nous avons constaté d’un à trois nœuds de courant, en totale contradiction avec les cartes et les abaques. Sur Raphaël, l’incidence est faible, mais j’imagine avec des frissons de naviguer à la voile dans le détroit sur un petit voiler de 35 pieds sous-motorisé… il y a de quoi se faire vraiment peur ! les forums nautiques sont pleins d’histoires incroyables aux pieds des colonnes d’Hercule. Côté trafic, je commence à avoir navigué dans pas mal d’endroits, je n’ai pourtant jamais vu autant de cargos et de tankers dans une baie. Certains en attente, d’autres semblent au mouillage depuis des années et commencent à prendre une belle couleur de rouille… Plusieurs petits cargos sont à couple des tankers… On dirait que ces mastodontes servent de réserve de carburant flottante et que de mini pétroliers font la navette de ravitaillement pour l’incroyable trafic du détroit…

Côté terre, c’est assez incroyable. Un endroit unique connu du monde entier, Sur la route de Marrakech ou de Ouarzazate… faite l’escale !  Ça vaut le détour !

Retour donc sur notre escale après notre arrivée mouvementée (à lire ou relire dans l’article 16).

Après le plein de carburant, nous sommes enfin à quai le long de la piste de l’aéroport. L’accueil de la capitainerie est courtois, sans plus, mais ici on ne rigole pas avec la sécurité. L’immigration clandestine ainsi que les trafics de drogue et d’armes sont sous le contrôle permanent des autorités anglaises. La police maritime patrouille nuit et jour dans le port et le semi rigide « full black » des forces spéciales est sur l’eau en permanence… et dès que vous poser le pied à terre, le contrôle d’identité bateau et équipage est une priorité.

Guy va être transféré à l’hôpital local (neuf et du niveau de nos meilleures installations), nous allons décompresser un peu, faire du shopping détaxé et prendre la température locale. J’y vais pour accompagner mon petit frère car je n’ose pas le laisser s’aventurer seul dans ce monde étrange, mi-anglais, mi-espagnol  où l’on croise autant de kippa, de costumes de la City londonienne que de djellaba. Par contre, pas de contraste avec les starlettes locales car vu la température, les filles sont emmitouflées dans des matelas en duvet avec écharpes et bonnet ! Nous venons d’ailleurs de prendre une averse de grêle qui laisse le pont comme couvert de neige… surement les restes de la mini tempête du matin qui nous laisse un amer souvenir…

Gibraltar est un mini rocher, une petite pointe du continent ou chaque m2  plat est occupé ou construit. La frontière longe la piste de l’aéroport, elle même traversée par la seule route d’accès. Les quais du port matérialisent le bord de piste. Tout le reste est construit. Innombrables buildings de verre moches où les plaques matérialisent les sociétés qui ont la bonne idée de défiscaliser dans ce paradis fiscal. Tous les pas de portes sont réservés aux ventes détaxées de tous les produits vendables ! En sortant du ponton on trouve d’abord deux casinos dont un sur un ancien paquebot de croisière désarmé et fixé au quai.  Les quelques rues montrent un mixte de Monaco en beaucoup moins clinquant, et de l’Andorre ou de Saint Martin (côté hollandais) avec ce petit côté sordide des villes frontières ou pullulent tous les 3 mètres les mini échoppes d’alcools et de cigarettes… C’est aussi le royaume du « détaxe » pour les parfums, montres… beurk… Ce n’est pas mon truc. Par contre, comme en Andorre, c’est la même chose pour l’outillage et le matériel nautique ! Il n’y a que deux shipchandlers, mais c’est la caverne d’Ali baba avec des prix incroyables (-50%) sauf sur l’électronique où l’arnaque est courante selon les années modèle….

Entre l’opération de Guy qui traîne et la météo qui ne sait pas se stabiliser, l’escale semble vouloir durer. Avec Franck, nous décidons d’en profiter pour reprendre à neuf le câblage des groupes électrogène et d’améliorer encore le système d’assèchement car dès que la mer s’agite, le bateau fait quand même beaucoup d’eau. C’est pénible de devoir descendre toutes les 3 heures pour vider les fonds ! Je deviens donc le client principal des magasins techniques de la zone !! Le bateau va encore grandement s’améliorer mais avec Franck nous passerons de très longues journées à fond de cales pendant que Fred fait les A/R au chevet de son père et qu’Arnaud nous mijote des petits plats ! D’ailleurs, pendant notre périple, nous avons testé quelques bars à bières et mojitos, mais aucun restaurant. Sur Raphaël, on mange à bord. C’est comme çà et pi cé tou ! Le chef ne supporte pas la compétition avec les tavernes locales…!

Finalement, en attendant l’opération de Guy et une météo favorable, nous resterons trois jours à Gibraltar. C’est bien mais c’est assez. Il est temps de reprendre la mer. Le départ matinal au milieu des tankers et des ferrys est presque irréel. Je n’ai jamais vu autant d’échos radar et AIS sur l’écran de navigation… Un rail incessant de cargos en axe est/ouest et un trafic perpendiculaire nord/sud des ferrys qui se faufilent à 30 nœuds…

 

Nous restons sagement le long de la côte sur les derniers miles d’une Méditerranée calme et bleue comme dans les films. L’atlantique nous accueille avec l’île de Tarifa et son phare blanc… la houle s’allonge, le bateau file sans cogner… un peu de roulis… un peu de champagne… le cap qui restait bloqué entre le 180° et le 270° passe au 315… on remonte vers le nord et la maison… Le bonheur de naviguer !

A suivre…

 

 

 

 

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