14. Route vers Carthagène

Jeudi 4 janvier. 16h30. LA nuit semble belle, on largue les amarres pour Gibraltar. A 5 les quarts arrivent plus vite… Guy n’est pas en forme. Il a choppé la crève de Pietro. On tourne donc à 4. C’est à dire que je passe la nuit entre la barre et la banquette et que les autres tentent de dormir un peu en bas.
Vers 21 heures Le cap Torosa nous défonce bien… Merci, encore un. La mer est compliquée et difficile. Il n’y a pas une houle d’enfer mais la période des vaguez est de 5 secondes. Nous sommes donc lancés à plus de 20 kmh sur de la tôle ondulée de plus d’un mètre… c’est usant. Je me crispe à chaque fois que le bateau cogne ou tape… je tente de relâcher la pression interne mais je souffre plus encore pour le bateau que pour moi…

Nous passons le travers de Valence et la mer se calme petit à petit. Le brie commence à sentir dans la cambuse. Nous allons surement remanger de l’entrecôte. La ration quotidienne est de 500 grs par personne. Sans commentaire !

Vendredi 5 janvier A 8h00 du matin, la mer est belle et le soleil se lève sur (enfin !) une belle journée. Le prochain grand cap est en vue. Cap de la NAO. Un passage mythique… Pourvu que la mer reste cool…. Le bateau va bien. les fuites sont maitrisées, les pompes de cales sont lancées à chaque prise de quart et Franck assèche régulièrement les fonds… A midi ce vendredi 5 janvier nous longeons les falaises du cap de la Nao. La mer est plate, magnifique. Nous sommes en tee-shirt sur la plage arrière, nous croisons plusieurs plaisanciers en pêche. Le paysage est à la hauteur de la réputation. C’est un endroit inaccessible et un peu austère  mais grandiose. Nous faisons route vers le cap de Palos et Cartagena, le port historique de Carthagène. La météo s’annonce à nouveau capricieuse, nous passerons la nuit et la journée de demain à panser nos plaies. Guy ne va pas bien du tout. Il est faible, il tousse et ne mange plus beaucoup… Comme un gamin, il faut le surveiller pour tout… Fred l’oblige à se reposer et à se couvrir….

Vers 19h00, je passe la navigation en mode nuit pour baisser l’intensité lumineuse. De nuit, à la passerelle, nous naviguons dans le noir le plus absolu pour assurer la veille extérieure… Seule une petite lueur rouge donne une idée des contours… Message d’alarme sur l’informatique : « Pas de position ». Nous avons perdu la navigation et l’AIS qui signale les navires. Encore un très grand moment de solitude : Nous sommes de nuit autour du cap de Palos vers un très grand port de commerce et nous n’avons ni position, ni anti-collision. Je relance l’électronique 1à fois, elle plante au bout de 3 minutes… La passerelle est calme. Arnaud est bien crispé derrière moi, il dira avoir fait de l’huile… Fred assure une veille optique serrée et Franck commence à avoir les traits tirés. Là, on ne rigole plus. C’est le bordel, mais dans un calme…. mais calme…. on entendrait presque chaque descente de piston dans les 6 cylindres qui ronronnent à merveille…. Heureusement.

Évidement, j’ai un système de secours, j’ai ai d’ailleurs 3 autres. Mais nous avons perdu l’ais qui donne la position et la route des navires autour de nous en assurant l’anti collision… le long du cap les fonds remontent et de 100 m de fond nous passons à 10 ou 15 mètres… de nuit après 30 heures de nav nous sommes dans une situation peu enviable. Je suis ultra concentré, fatigué, épuisé, dégoûté et plein d’autres mots que je ne peux écrire ici car maman va surement lire ces lignes et je me dois de rester dans les limites du terrain…

Depuis Montpellier, Romane a géré l’escale et la marina est prévenue. Au fond de la baie à gauche, j’ai même la photo aérienne du ponton. Ouf… un soucis de moins.

la route le long du cabo de Agua est interminable… dans un état de tension incroyable avec les cargos qui rentrent ou sortent du port et que nous allons devoir croiser… Heureusement, le radar fonctionne et c’est top. Mille questions passent dans ma tête… Si nous perdons la position sans raison… nous pouvons tout perdre aussi dans 20 secondes? Nous pouvons perdre le radar?…. Je divague….Il faut rejoindre Carthagène.

21h30. Enfin dans l’avant port, Arnaud gère à la radio avec le marineros du port. Il y a deux marinas. Romane a insisté pour la marina de l’ouest. Nous sommes engagés quand Arnaud palabre pour allez dans la marina de l’est. C’est con mais à cette heure de la nuit après 30 heures sans vraiment dormir… Je ne trouve pas l’affaire sympa… Mais rien n’y fait. Il faut faire demi-tour et s’engager dans une marina étroite… tout au fond du bassin. La gars nous guide avec sa frontale sur le quai. Arnaud gère bien la radio et me guide avec précision…. vers le ponton « carburant » ! qui est dans l’autre marina !!!

Manœuvre… plein de gasoil à 1,17 euros pendant une bonne heure…. Nous ne pouvons rester pour la nuit. Guy, pas couvert, fini de prendre froid et Fred, décalqué s’est endormi sur le canapé.

On reprend la manœuvre entre les pannes de voiliers à minuit vers l’autre bassin. Je suis tellement naze que j’en rigole mais avec Arnaud nous sommes bien synchro et la manœuvre se passe sans incident…. Il n’y a pas de vent.

A 1h30 du mat, nous sommes amarrés. Demain un coup de vent est prévu… nous sécurisons le bateau sur les conseils du marineros de garde. Le quai est sympa, en pleine ville face aux bars branchés et au Burger King mais nous ne ferons pas cet affront  à notre Bocuse (Arnaud de son prénom). Nous avons bien navigué. L’électronique disjoncte, la météo part en c…. J’ai vraiment bien les boules.

Il est temps de dormir.

A suivre….

 

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