4. LE GRAND NETTOYAGE

Samedi 25 novembre 2017.

07h30. Nous sommes à Gruissan. Il fait beau, il y a 40 nœuds de vent dans le port. Bienvenue au pays de la Tramontane. Nous avons bien dormi malgré le clapot. Le petit dej’ est propice aux idées farfelues comme par exemple : « on va pas laisser la salle machines aussi crade ? » ou encore « Le bateau est dégueulasse et couvert de sel….on va laver tout çà, non? ».
Nous avons une grosse journée devant nous alors c’est décidé : Je descends avec Franck à la machine pour éponger 14 ans de crasse, d’huile moteur mélangée à l’eau de mer et aux saletés innommables. Jean-Mi de son côté n’aime pas le gras et préfère le sel. Il veut s’attaquer au pont et à la coque. Du fly à la flottaison, tout doit briller. Vous n’avez jamais vu trois dingues ? Dommage, vous auriez apprécié le spectacle….

09h00. Salle machines. Il faut virer le lave-linge/sèche-linge qui trône au milieu des moteurs. Non mais quelle idée? Delphine (qui pilote la machine à laver, moi je n’ai pas les compétences) n’y lavera jamais un drap ou  une serviette. Deux options : démonter le plafond de la salle machines et donc la table et le plancher du salon ou démonter la dite machine en pièces détachées car elle ne passe pas par la porte… Nous choisissons l’option 2. Franck attaque avec entrain mais il faudra près de deux heures à deux pour en venir à bout. La capitainerie nous vient en aide avec un fourgon. Après la déchetterie de Gênes, les vestiges de LA MAGIE irons grossir la benne à ferraille du port de Gruissan !

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Sous nos pieds, c’est beaucoup plus sale que l’on pensait. On dégage tous les planchers, la crasse huileuse s’est fourrée dans le moindre recoin. Tous les anguillers sont bouchés. Rien ne circule plus vers les pompes de cale qui font triste figure. Leurs fils sont déconnectés ou sont liés par du scotch papier de masquage peinture. Mais le « dingue » est persévérant et courageux. Franck attaque les recoins inaccessibles. Il fabrique un outil à la MacGyver pour déboucher les anguillers. Je suis couché sous les moteurs avec un méga rouleau de sopalin industriel. Pendant ce temps, Jean-Mi lave le pont à l’ancienne. Un seau et un lave pont. Mais le pont est grand… Le fly aussi. Je vous passe les commentaires de légionnaire sur l’entretien à la mode turque (le bateau est resté les 3 dernières années en Turquie).

11h00. C’est vraiment beaucoup, beaucoup plus sale que l’on pensait. Franck commence à dire des mots qui n’ont pas d’usage en société. Je lui fais écho avec des expressions à faire rougir le capitaine Haddock. Les turcs et les grecs en prennent pour leur grade et sont tous rhabillés pour l’hiver ! Les seaux se remplissent de « sopalins » imbibés d’une huile noire macérée dans l’eau salée. C’est d’un goût…. ou plutôt d’un dégoût…. Dehors, le bateau reprend une jolie couleur. Malgré mes conseils et mes mises en garde, Jean-Mi force trop et son bras commence à le faire souffrir. Quel c… ! Incorrigible ! Mais le bateau brille. Il abandonne sa tache de matelot sans spécialité corvéable pour se tourner vers la recherche du compresseur de la corne de brume qui fait lui aussi défaut. Sans succès.
Il règle ensuite le moteur de l’annexe, fait quelques essais de vagues pour affoler les anglais du ponton voisin, puis enfile sa tenue de spéléo et s’en va explorer les tréfonds du fly et de la timonerie… Toujours pas de traces du compresseur….rien… nada.

16h00. Salle des machines. Nous avons épuisé notre vocabulaire de jurons à l’encontre de toute la Turquie qui flotte ou navigue. Mais les fonds sont passé du noir au blanc. Il est temps de se pencher sur les pompes de cales et sur la compréhension du réseau.

Le réseau de Raphaël, c’est un savant mélange du métro parisien et du métro napolitain… mais sans indicateur et sans plan. Les rares inscriptions sont en italien ou en anglais, mais elles datent d’avant le gros « refit ». Par exemple, le tuyau d’alimentation noté « Galley », donc cuisine, alimente le lave glace qui d’ailleurs est HS… tout le reste semble sur le même modèle. On patauge…

18h00. Plus d’eau. C’est con, c’est ballot. J’ai fait le plein de 3000 litres le weekend précédent avec Delphine… Effectivement, la jauge est à zéro. Nous avons fait depuis une petite vaisselle et surement 2 ou trois douches.
Donc, soit les douches étaient trop longues, soit les WC consomment beaucoup d’eau… soit le bateau perd beaucoup d’eau douce dans les fonds, soit il y a une autre explication. Je commence donc par rebrancher le bateau au quai et à refaire le plein. Vu la pression, les 3000 litres vont prendre un peu de temps. Après 20 mn, la jauge décolle. Je rebranche le groupe d’eau… rien au robinet. Le groupe s’emballe… mais pas la moindre goutte.
Là, en fin d’après-midi, les mains puant la graisse pas nette, le dos broyé… Je commence à repenser à mon pavillon de banlieue… même loin de la mer… Même avec des voisins un peu cons et un peu envahissants… Saloperie de p…. de canote de M…..!
Jean-Mi est allongé depuis déjà 30 mn sous le plancher des cabines à vérifier les circuits et les connexions du groupe d’eau. Enfin, des groupes d’eau car il y a deux pompes. Le catalogue de jurons est ré ouvert en première page et moi j’imagine l’arrivée de Delphine la semaine suivante sans eau à bord…. J’avoue que le sourire m’a quitté depuis un moment. Au tableau, la jauge grimpe lentement mais surement.

Franck sort des fonds moteurs pour venir faire une petite pose avec Jean-Mi sous les cabines. C’est beaucoup plus propre. Il n’y a que de l’eau douce dans les fonds. On mouille son pantalon, mais ce n’est pas gras. C’est mieux !
Après quelques minutes de recherches et d’explications, Franck trouve un micro bouton bien masqué sur la deuxième pompe. Elle démarre aussitôt et met le circuit en pression. 20 secondes plus tard, le groupe démarre à son tour. Le circuit d’eau du bateau est opérationnel. Jean-Michel qui n’a pas trouvé le compresseur de la corne et qui vient de passer presque une heure sous le plancher sort avec le sourire peint en jaune… quelle galère !!… galère ? pas si mal pour un bateau italien, non ?

20h00. A deux doigts d’une mutinerie de l’équipage abaissé aux plus basses besognes depuis 12 heures, je sonne la fin des corvées pour la journée. Il y a de l’eau, alors douche, after shave et gel coiffant. Ce soir on sort en ville ! Jean-Mi qui a passé plus de 20 ans en escale à Gruissan connait les patrons de tous les bars et de tous les restos par leurs prénoms. On va dîner chez Maxim’s. Il y  aura des Mojitos, du rosé local et un match de rugby. Le moral remonte en flèche. A table, nous décidons de passer la journée du dimanche a bord pour continuer. Çà tombe bien, je me suis planté dans les horaires SNCF, il n’y a pas de train à Narbonne avant 17h…

Dimanche 26 novembre.
Le matin nous continuons l’exploration du réseau, un peu d’électricité sur les pompes de cales et nous partons au restaurant, invités par les amis de Jean-Michel qui nous amèneront à la gare prendre le train intercités de permissionnaires en seconde classe. J’ai surement fait encore une boulette sur la réservation… J’ai honte pour mon équipage qui méritait la première classe luxe avec option All Inclusive !

Mission accomplie. Je prends le bateau en main. Je commence à le comprendre et à le connaitre. Je suis bien entouré…. Elle est pas belle la vie ?

 

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