3. ARRIVEE A GRUISSAN

Vendredi 24 novembre 2017 – 04h00. Môle d’Estienne d’Ovres – Saint Tropez.
Franck et Jean-Michel ne trouvent pas la bonne rallonge pour la prise de quai. A la timonerie, je viens de refermer les fichiers météo.

« Pas grave pour le quai ! On rembarque ! Larguez tout ! » Moteurs avant lente, on vire le môle et son feu rouge, direction Gruissan. La météo n’est pas bonne du tout. La dépression arrive derrière nous du golfe de Gênes et demain samedi, un gros coup de vent est annoncé dans le golfe du Lion. Chaque minute est précieuse. Nous décidons de tracer, escale à Toulon si la mer est trop formée, ou à Marseille… ou option de longer la côte jusqu’à Port Camargue où la capitainerie nous a réservé une place. Gruissan attendra peut être un prochain week end et une météo plus clémente. Je me console en me disant que chaque mille parcouru vers l’ouest nous rapproche de la maison !

Pour cette première, les quarts de nuit se sont enchaînés naturellement au rythme de chacun. Nous avons tous l’habitude de naviguer et de cafés partagés en causette et petit somme… la nuit est passée sans soucis. Seule la banquette inconfortable de la timonerie pourrait être améliorée !

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07h00. Le jour se lève sur les îles du Levant et sur Porquerolles que nous laissons à babord dans un timide soleil… A la sortie de la rade de Toulon, nous croisons La toute dernière Abeille et sa soeur l’abeille Frandres qui prennent le large. Une frégate de surveillance fait des ronds en sortie de rade… elle nous rappelle nos jeunes années et les mémorables soirées à Chicago, le quartier « chaud » de Toulon connu dans tous les ports du monde… Jean-Michel essuie une petite larme… Franck pousse de gros soupirs nostalgiques… Mais on a plus 20 ans et Chicago a été rasé depuis déjà quelques temps. Les bars mythiques (et miteux) sont aujourd’hui des galeries marchandes. Les filles d’antan ne servent plus les matelots en bordées, elles sont vendeuses chez Promod et Pimkie. le temps a passé.

09h30. Nous apercevons la rade de Marseille et je constate que nous avons raté les repas. D’apéros en bières/cacahuettes nous avons grignoté sans prendre le temps de manger. Il est temps d’organiser le premier vrai casse-croute. Un saucisson italien prend une très grosse claque, accompagné par un beau morceau de parmesan, des gressins, de la mortadelle, du speck et une bouteille de Chianti « reserva ». mon équipage attablé à le sourire et moi… je regarde la météo en buvant un café. Je ne suis pas barbouillé mais après deux fois 1 heure de sommeil et un peu de roulis, j’avoue que le rouge ne m’attire pas vraiment…
La météo n’est pas bonne. Impossible de remonter vers la côte de la Camargue. Le vent et la mer vont se renforcer et demain il sera impossible de reprendre notre périple vers Gruissan. J’annonce donc à mon équipage qui disserte sur les bienfaits de la fermentation du raisin rouge que nous allons tirer droit vers l’ouest. Cap 270 jusqu’à destination sans mollir et sans détours. Après la première bonne option de quitter Gênes au plus tôt et la deuxième de ne pas rester à St Trop pour un simple croissant chaud chez Senequier, c’est ma troisième bonne décision en moins de 24 heures. Je gère. Ça va passer. mais on fait quand même pas loin de 100 litres d’eau par heure sans savoir d’où elle vient…. Pas inquiet… mais un peu agacé… Un peu impatient d’arriver…

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11h00. La mer s’est formée. avec 2 mètres de creux et 20 nœuds sur babord arrière, le bateau roule un peu et surfe parfois à plus de 14 nœuds. C’est assez cool. Quelques embruns nous montrent toutefois que les essuies glace sont morts et que le lave glace ne fonctionne pas. Entretien courant. Pas de stress inutile. L’estimée donne 20h30 à Gruissan. La météo à l’arrivée est favorable. Nous sommes au large pour la première fois. Le bateau fait toujours de l’eau. Tout va bien, c’est le pied. Le temps reste gris, la mer est vide de bateaux… Seul un écho anime le radar. C’est un cargo en route vers Sète que l’on devine dans la brume.

16h30. On approche. Nous devrions apercevoir les Pyrénées au loin. Nada. Le soleil se couche et nous entrons dans un banc de brume très épais qui rappelle de mauvais souvenirs asiatiques à Jean-Michel. Il y a quelques années, en convoyage d’une vedette Beneteau, Il a abordé un thonier chinois dans le brouillard de la baie de Hong Kong, le genre d’aventure qui laisse des traces. Heureusement, notre radar fonctionne très bien. La mer est vide. La nuit est tombée, on voit à peine l’étrave. Je me rappelle les « entrées maritimes » du golfe du Lion quand mes parents habitaient Montpellier… Je me vois à l’arrivée à Gruissan dans le fog londonien… Je ne suis pas inquiet… mais je pourrais le devenir…Mon esprit fatigué divague… Mais pourquoi avons nous acheté en Italie un bateau qui prend l’eau? Pourquoi pas un pimpant pavillon avec vue sur les voisins dans une banlieue chic de La Rochelle? Pourquoi l’hiver la nuit tombe si tôt? Pourquoi la météo s’en mêle? Pourquoi ce p….. de bateau prend l’eau ?

19h00. Franck qui passe beaucoup de temps dans la salle machine remonte avec le sourire et trois nouvelles. Deux bonnes et une mauvaise.
La bonne : il a trouvé l’entrée d’eau. La mauvaise : l’échappement tribord est percé, la fuite a soigneusement été camouflée par les gentils ex propriétaires. La deuxième bonne nouvelle : ce sera facile à réparer !

20h00. Le brouillard s’est dissipé en approchant de la côte dont on distingue enfin les feux. Depuis une heure, nous pensions qu’EDF avait plongé la région dans le noir ! Je me prépare psychologiquement à arriver pour ma troisième manœuvre avec un bateau que je connais à peine, de nuit, dans un port que je ne connais pas et à une place que Jean-Michel me décrit comme un poil compliquée à aborder. Tout va donc très bien. Je suis fatigué.
Vive les pavillons de banlieue et l’odeur du barbecue des voisins qui font des sardines ! Mais qu’est ce qu’on fabrique dans cette galère ??? Je suis fatigué…
De la carte électronique (zoom x 10) au BlocMarine, j’ai revu 20 fois chaque détail de l’entrée du port. Je suis fin prêt.

20h30. Le chenal est long et peu profond. Il faut faire un poil attention. Mes équipiers se les gèlent dehors et de l’intérieur, derrière les vitres copieusement salées, je ne vois rien. Jean-Michel est a l’étrave et me guide à la VHF en me prenant pour un malade mental.

  • « Appuie sur tribord vers la verte! »
  • « Quelle verte ? »
  • « Tu vois la verte ? »
  • « Oui sur la carte… mais je ne vois rien dehors! »
  • « La bouée verte à droite? sur Tribord? ???? »
  • « Je devine une lumière, je pense que c’est la verte… »

On passe à moins d’un mètre, c’est la verte. Franck rentre à la timonerie avec un gros point d’interrogation dans chaque oeil… puis ressort vers l’avant.

  • « Jean-Mi ! On voit rien de l’intérieur ! on voit des lumières mais pas les couleurs ! »

Ca va, je ne suis pas fou. Jean-Mi qui a compris me guide doucement vers l’entrée du port puis vers la place. Il y a 2 nœuds de vent. Manœuvre parfaite. Il est 21 heures ce vendredi soir, mission accomplie. « Raphaël est amarré à Gruissan ». Nous qui pensions arriver péniblement dimanche après-midi ou lundi…
Qui a dit que j’étais fatigué?? d’ailleurs, j’aime pas les pavillons de banlieue, j’aime pas les voisins. On a bien fait d’acheter un bateau !!!
Je vais appeler Delphine.  ;-))

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